Ta photo sous mon oreiller

Les festivités de Noël dernier m’ont fait revire un court épisode de mon existence que je veux partager ici dans ce brin de vie.

Cela faisait quelques mois déjà que ma fille Eugénie était totalement propre lorsque je dû quitter une quinzaine de jours pour l’Europe afin d’honorer plusieurs engagements. C’était évidemment bien avant les courriels et les Skypes. Conséquemment, lorsque je faisais un appel téléphonique pour donner et prendre des nouvelles, je m’assurais que celui-ci coïncide avec des moments où je pouvais parler à toute la maisonnée, y compris ma fille. Mais plus mon absence ce prolongeait, plus celle-ci semblait trop occupée pour me parler ou prenait un peu contre son gré le combiné prétextant n’avoir rien à me dire alors que « dans la vraie vie » elle était plutôt volubile.

À mon retour, loin de me sauter dans les bras, elle fit comme si nous jouions à la cachette et quand je pu enfin la serrer, elle fondit tout doucement en larme humectant généreusement mon épaule. Plus tard dans la soirée, mon épouse m’informa que plus mon absence durait, plus elle devenait héritable et surtout qu’elle avait recommencé à mouiller son lit; bref une régression en quelque sorte.

Quelques mois plus tard je devrais reprendre le même scénario et mon souci fut alors que ma fille ne régresse pas à nouveau. Alors, dans un premier temps, nous avons revu ensemble cet événement pour conclure qu’elle avait vécu ce qui s’appelait de l’ennui. Dans un deuxième temps, un peu plus tard dans la semaine, nous avons abordé comment elle pourrait mieux gérer cet ennui lorsque je repartirais. Sa réponse fut de me suggérer de lui remettre une photo de moi ce qui fit promptement.

Or, lors de cette deuxième absence, elle était volontaire à venir au téléphone et lorsque je lui demandai si elle s’ennuyait, sa réponse fut : «  Je ne peux pas, papa, car j’ai ta photo ! » Pour un bref moment je fus heurté de voir qu’une simple photo pouvait aussi facilement me remplacer ! Mais, une fois ressaisi, je lui demandai ce qu’elle faisait avec « ma » photo. Alors elle me décrit un petit rituel fort touchant : «  je la touche, je la caresse et je l’embrasse puis la mets sous mon oreiller ».

Du coup, je me mis à envier cette photo… et cette fois il n’y eu point de régression !